la douleur chronique mal prise en charge

Par Isabelle Frenay, doctissimo.fr, 11 octobre 2010

Problème de santé publique largement répandu en Europe, la douleur chronique affecte un adulte sur 5. Son impact sur la vie quotidienne est très lourd. Souvent résignés à vivre avec, les patients devraient pourtant pouvoir bénéficier d’une meilleure prise en charge. Le point à travers les résultats de l’enquête européenne PainSTORY.

// L’évaluation d’un patient douloureux nécessite du temps lors de la consultation médicale. Identifier son type, son origine, choisir le traitement adapté et contrôler l’efficacité de celui-ci demande en outre de connaître le contexte dans lequel vit le malade. Une prise en charge dont peu de malades semblent bénéficier…

La douleur chronique, un fardeau quotidien

« Ca détruit ma vie au quotidien. Je n’arrive plus à marcher. Je ne peux plus rendre visite à mes amis ni les inviter à la maison parce que je ne peux plus rester debout ou faire la cuisine trop longtemps. Ca a détruit les ¾ de ma vie sociale ». Le fardeau évoqué par cette patiente est la douleur. Comme elle, 294 personnes (dont 26 patients français) souffrant de douleur chronique modérée à sévère (qui persiste depuis plus de trois mois), ont été suivies pendant un an dans le cadre d’une enquête intitulée PAINSTORY (Pain Study Tracking Ongoing Responses for a Year).

Ce travail, réalisé par une société d’étude indépendante dans 13 pays européens, est la première du genre à avoir suivi, au cours de quatre entretiens, l’évolution de la douleur, son type, son niveau, son impact et surtout à avoir donné la parole à ces personnes.

Objectif : mieux comprendre leur quotidien et faire un point sur la prise en charge de leur douleur. Souvent d’origine rhumatologique type mal de dos, arthrose, arthrite ou encore douleurs neuropathiques.

Une prise en charge défaillante de la douleur

Après un an de traitement, le constat est sans appel. 95 % des patients souffrent toujours de douleurs chroniques, 19 % ont le sentiment que la douleur a empiré et 6 sur 10 estiment que la douleur contrôle leur vie. Pourtant, 64 % d’entre eux sont convaincus de suivre le traitement approprié. « Il est extrêmement choquant de constater qu’au bout d’une année, les patients sont toujours enfermés dans un cycle continu de douleurs et qu’une grand partie d’entre eux semble perdre espoir. Un des rôles du psychologue est d’inciter les patients à parler à leur médecin, s’ils souffrent en silence d’une douleur chronique », déplore Marie-Claude Defontaine Catteau, psychanalyste au centre d’évaluation et de traitement de la douleur du CHRU de Lille.

L’impact physique et émotionnel de la douleur altèrent la qualité de vie

L’enquête révèle combien la douleur entrave la vie de tous les jours. En tête des répercussions, le handicap physique. 64 % des patients déclarent rencontrer des problèmes pour marcher, 30 % pour se laver et s’habiller, 60 % pour dormir, 73 % pour réaliser leurs activités quotidiennes. « La douleur m’empêche d’éplucher les légumes, de déboucher une bouteille, de porter des objets lourds, de marcher, de descendre les escaliers », relate ce patient français. Les conséquences sur le travail sont très largement néfastes puisque 33 % des personnes interrogées ont dû réduire leur nombre d’heures de travail et 65 % songent à arrêter de travailler complètement. Sans compter les effets secondaires des traitements antalgiques plus ou moins dosés, rapportés par 59 % des patients qui citent en particulier les troubles gastro-intestinaux et plus précisément la constipation.

Sur le plan émotionnel, la douleur génère anxiété et dépression. Selon l’étude, le désordre psychologique est tel que la vie sociale et familiale en est bouleversée. 44 % des participants se sentent seuls et un tiers déclarent avoir moins d’amis à cause de leur douleur. S’occuper des enfants est très difficile pour 57 % d’entre eux.

Douleurs chroniques : vers quelles solutions s’orienter ?

Le traitement de la douleur ne peut se réduire à une prise en charge médicamenteuse. Au bout d’un an, l’étude révèle en effet que 95 % des participants souffrent toujours de douleurs chroniques alors qu’ils ont été traités par antalgiques. Selon le Dr Malou Navez, responsable du centre de la douleur au CHU de Saint-Etienne, « les patients souffrant de douleurs chroniques doivent être évalués et examinés de manière approfondie, en tenant compte de toutes les dimensions de la douleur, par des professionnels de santé habitués à ce type de prise en charge ». Ce qui n’est pour l’instant pas le cas.

L’étude démontre en effet que 68 % des participants ont consulté un professionnel de santé, mais que seuls 2 % ont consulté un spécialiste de la douleur durant l’année. La prise en charge adaptée d’un patient douloureux chronique doit être pluridisciplinaire. Comme cela se fait dans des centres médicaux spécialement dédiés à la douleur. Dans ces unités, la prise en charge implique le recours nécessaire à la prescription d’antalgiques, dont les opioïdes forts dans certains cas, mais on y explore aussi d’autres options non médicamenteuses : techniques de rééducation (kinésithérapie, massage…), psychothérapies ou encore thérapies cognitivo-comportementales telles que la sophrologie, l’hypnose, la relaxation ou encore la méditation.

Des voies qui permettent souvent de soulager le patient, de l’aider à gérer sa douleur, tant au niveau physique que psychologique, et donc d’améliorer son quotidien.

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