Comment le stress rend malade

Comment le stress rend malade

Par damien Mascret – le 02/04/2012, Le Figaro
Les cellules du système immunitaire sont comme endormies à force de baigner dans le cortisol, l’hormone du stress.

On dit souvent que le stress peut provoquer des maladies. Encore fallait-il le prouver. Des chercheurs de l’université de Pittsburgh l’ont fait. Ils ont étudié en détail comment l’organisme de personnes en bonne santé réagit face à une infection selon qu’ils sont stressés depuis plusieurs semaines ou pas stressés du tout. Le niveau de stress des «cobayes» était évalué grâce à un questionnaire et lors d’une consultation.

Pour leur démonstration, les chercheurs ont choisi le rhume. D’abord parce que c’est une maladie bénigne et courante que l’on peut facilement provoquer en déposant des rhinovirus dans le nez de volontaires en bonne santé. D’autre part, parce qu’il est facile de suivre l’apparition de la maladie, les symptômes étant faciles à repérer. Enfin, même si un rhume n’est pas à proprement parler un problème de santé majeur, il a l’avantage d’avoir été bien étudié, notamment sur le plan des réactions immunitaires locales (dans le nez), ce qui en fait un outil de choix pour la recherche.

Immunité déprimée

On sait que le stress affaiblit l’organisme. On sait aussi qu’une immunité déprimée rend vulnérable à certaines maladies. Il restait à faire un lien: démontrer pour une personne donnée que, si son organisme est diminué à cause d’un stress prolongé, il sera alors plus vulnérable aux virus, avec un plus grand risque d’être malade.

Le Pr Sheldon Cohen et ses collègues ont donc évalué le niveau de stress de 125 hommes et 151 femmes âgés en moyenne de 29 ans. La notion de stress prolongé inclut des difficultés depuis au moins un mois et entraînant des modifications de la routine quotidienne.

Taux de cortisol

Les volontaires ont aussi subi des tests immunologiques au cours des cinq jours d’hospitalisation imposés après l’administration des doses virales de rhume dans les narines. Il s’agissait, pour les chercheurs, d’observer ce qui se passait sur le plan immunitaire dans l’organisme des patients et de surveiller l’apparition ou non de symptômes respiratoires.

Le cortisol est une hormone libérée par les glandes surrénales en réponse à une agression et qui a un puissant rôle anti-inflammatoire. Les gens stressés ont habituellement un taux plus élevé de cortisol. Mais cette expérience inédite a montré que leur système immunitaire finit par s’adapter et résister à l’action du cortisol. Comme le souligne ce mardi l’équipe de Pittsburgh dans les PNAS (les Comptes rendus de l’Académie américaine des sciences): «Ce qui pourrait être important n’est pas le taux de l’hormone elle-même, mais la façon dont les tissus-cibles répondent au cortisol.»

En d’autres termes, quand le niveau de résistance au cortisol des cellules immunitaires est élevé, cela signifie qu’elles sont en quelque sorte endormies, sourdes au message anti-inflammatoire du cortisol qui leur est adressé.

Résistance

Cette théorie séduisante pourrait expliquer les résultats si souvent discordants dans les études où l’intensité du stress est simplement évaluée sur le niveau de cortisol. Et surtout, elle est confortée par les résultats mêmes de l’étude.

En effet, si l’on s’en tient à rechercher un lien entre le taux de cortisol et la survenue de rhume, rien de probant n’émerge. En revanche, si l’on tient compte du niveau de résistance au cortisol des cellules immunitaires, tout s’éclaire d’un jour nouveau. Car sous l’effet d’un stress prolongé, le niveau de résistance des cellules au cortisol augmente et, dans ce cas, l’inflammation donc le développement de l’infection sont favorisés puisque l’effet anti-inflammatoire du cortisol est atténué.

Facteur de risque

D’ailleurs, ce sont bien les patients dont le système immunitaire était endormi depuis plusieurs semaines par un stress prolongé, et donc avec la résistance au cortisol la plus nette, qui ont eu un rhume dans les jours suivant l’exposition au virus.

Cet enchaînement serait-il valable pour d’autres maladies? Il faudra le démontrer, car l’identification du stress psychologique comme facteur de risque pour la santé n’a, pour l’instant, été relevée de façon convaincante que pour les maladies cardio-vasculaires, les maladies auto-immunes, le diabète et la dépression.

Et même dans ce cas, l’existence d’une association ne signifie pas automatiquement qu’il y ait un lien de cause à effet. Ce sont des études adoptant, comme à Pittsburgh, une méthodologie fine pour évaluer le stress réellement perçu au niveau des cellules qui pourront donner la réponse.

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